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Je m’appelle Ashâ. Je ne me souviens plus du monde d’autrefois. Je n’étais qu’une gamine quand tout a commencé à se détraquer. Il paraît pourtant que des tas de gens à peu près censés ont tiré la sonnette d’alarme, ont crié que tout allait se casser la gueule. Mais bon, comme d’hab, personne n’a écouté.

J’ai perdu mes parents assez jeunes. Ça n’a pas toujours été facile. J’ai connu des trucs qu’aucun enfant ne devrait avoir à vivre ; aucun adulte non plus d’ailleurs. J’ai erré pas mal de temps seule. J’ai subi la faim et le froid ; la peur, la tristesse et le découragement. Être une femme était sans doute difficile par le passé ; ça ne s’est pas arrangé. Lorsque vous ne mangez plus, que vous êtes prêtes à laper l’eau d’une flaque boueuse, vous oubliez ce que le mot « humain » signifie. Vous êtes à nouveau un animal. Tout ce qui compte, c’est survivre. J’ignore combien de villes j’ai traversées. Je n’ai aucune idée de l’âge que j’ai. Non pas que ça ait une grande importance, mais bon, j’aimerais autant savoir combien d’années je vais encore saigner tous les mois. Après, je serai tranquille. On arrêtera de me prendre pour une poule pondeuse potentielle. Je n’ai aucune envie de faire des gosses, moi. Pour quoi faire ? C’est déjà suffisamment difficile de s’en sortir seule. Malheureusement, on n’a pas trop le choix quand on est prisonnière des griffes de Teddy. Ce type est un psychopathe. Il veut engrosser la terre entière. Lui aussi est un animal. Nous sommes tous redevenus des animaux. Mâles dominants, femelles dominées ; mâle dominant, mâles dominés. La loi du plus fort, pas de place pour les faibles. C’est pour ça que j’ai décidé de fuir. Demain, je me tire. Bye bye Teddy et sa clique ! Mon plan est prêt. Juste un truc à régler : il me faut ces foutus codes.

 

J’ai passé la journée à tourner en rond. Je crois que cette fois, personne ne se doute de rien ; enfin, je l’espère. De temps à autre, je remarque quelques regards curieux, inquiétants. J’essaie de ne pas y faire trop attention, ma méfiance pourrait éveiller les soupçons. Les codes. Je n’ai que ça en tête ; j’ai déjà tenté ma chance plusieurs fois, sans eux, je n’irai pas bien loin, c’est inutile. Peu les connaissent. Il y a Teddy bien sûr. Mais lui ou personne, c’est pareil. D’après ma petite enquête, ils ne sont pas plus d’une dizaine. Ça fait des mois que je tente de les obtenir. Avoir les codes, c’est montrer son importance et montrer son importance, c’est s’assurer qu’on ne se fera pas marcher dessus, et c’est plus facile de gagner certaines faveurs ; c’est pour cette raison que beaucoup se vantent de les posséder. Je parie que la plupart mentent, c’est sûr, même. L’un d’entre eux m’a prouvé qu’il en détenait au moins un. Je l’ai vu fonctionner. Malheureusement, un, c’est insuffisant, mais s’il en a un, il est probable qu’il en ait d’autres ; tous, je l’espère.

Il s’appelle Nathan. Une pourriture à la botte de Teddy. C’est un lieutenant. Heureusement, tous ne sont pas comme lui. Les lieutenants quadrillent chacun un secteur avec une équipe. Ils sont soi-disant là pour faire respecter l’ordre. J’ai de gros doutes. Ils sont censés ne pas ennuyer la population et laisser vivre les gens à leur manière tant qu’ils ne dérogent pas aux règles établies. Pas de viols, pas de pillages, pas de bagarres, pas de vols. Enfin, ça, c’est sur le papier. La plupart du temps, ils se foutent bien de savoir qu’un type s’est fait cogner. Un petit service et c’est réglé. Certaines choses ne changent pas, un peu de pouvoir et les tentations sont grandes. J’aurais aimé n’avoir entendu que des rumeurs.

Je suis prête à tout pour partir. Je dois retrouver Nathan ce soir. Je sais ce qu’il veut. Je me fiche pas mal de le lui donner ; j’en ai vu d’autres. On se fait à tout, question d’habitude. Et puis, s’il va trop loin… Bien sûr, je préférerais éviter que ça dérape. Si ce type ne rentre pas comme prévu, tout le monde sera sur mon dos. Déjà que Teddy ne sera pas content de perdre une de ses « chéries ». Mais ça, ce gros débile de Nathan l’ignore. Malgré leur grand nombre, Teddy est discret sur ses relations intimes. Si le boss apprend comment j’ai filé, il passera un sale quart d’heure. Un quart d’heure éternel probablement. Rien à battre. Les abrutis sont moins nombreux sur terre, malheureusement, j’ai peur que leur proportion ait augmenté avec les années ; un de moins, c’est toujours ça de gagner. Bref. Quelques minutes à oublier et je m’éclipse. Ni vue ni connue, comme on disait autrefois.

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